Près de Montevideo, dans une zone de bidonvilles où l’on voit les charrettes des chiffonniers tirées par des chevaux, et des enfants, des tas d’enfants jouer et flâner sur la terre battue, CADI ouvre de nouveaux horizons aux gens du quartier en proposant des aides personnalisées.
« Je viens à CADI depuis le début, quand il n’y avait même pas de locaux et que les réunions et les soins médicaux avaient lieu chez un voisin, Monsieur Catalino ; il aménageait sa chambre pour que l’on puisse y être. » C’est Marisa Ortiz qui parle, une jeune femme de trente ans qui amène sa fille au Centre. « J’en suis très reconnaissante. Grâce à tout cela, j’ai un toit et ma fille reçoit une bonne éducation. »
L’esprit de CADI s’inspire des enseignements du fondateur de l’Opus Dei, saint Josémaria Escriva, qui a prêché toute sa vie durant le besoin d’incarner la plénitude de la vie chrétienne, la concrétisant dans des oeuvres à caractère social. C’est pourquoi le Centre s’efforce de « réaliser un travail de formation intégrale, y compris chrétienne, en respectant la liberté personnelle et en promouvant la justice sociale » (saint Josémaria).
« Enseignez, et enseignez bien »
Monseigneur Echevarria, évêque-prélat de l’Opus Dei, a visité cette oeuvre apostolique de promotion humaine dans le cadre d’un voyage pastoral. Julia Gonzales, 87 ans, s’est adressée à lui en ces termes : « Nous avons beaucoup reçu du point de vue matériel, mais la meilleure des choses, c’est l’amour que l’on nous a donné, la patience que l’on a eue avec nous. Nous en sommes tellement reconnaissants ! » Le prélat de l’Opus Dei, entouré des familles du quartier et des professeurs de CADI, a rappelé combien le bienheureux Josémaria, dans les premiers temps de l’Opus Dei, donnait tout ce qu’il avait quand il allait dans des endroits comme celui-là : « Il aidait les gens, même si parfois on le lui rendait en lui jetant des pierres. Il continuait malgré tout. » « Devenez des collaborateurs de ce travail, ajouta-t-il, car ici on vous apprendra tout ce qu’il faut pour que vos enfants deviennent de bons chrétiens. Efforcez-vous d’être proches de Jésus, qui aime chacun de vous en particulier, aussi quand vous êtes dans le besoin. Saint Josémaria est passé par là, c’est pourquoi il savait aider ceux qui sont dans le besoin ; il vous aime beaucoup et vous protège du haut du ciel ».
Les débuts
En 1989, les habitants d’un quartier périphérique de Montevideo, qui avaient décidé d’aller demander des aides publiques, se sont mis en contact avec ACT (Association Culturelle et Technique) qui, depuis sa création en 1965, travaille à la mise en route de centres d’enseignement pour la jeunesse et d’aide aux plus démunis. Après s’être renseignée sur les besoins du quartier, l’association a étudié différentes possibilités de développement et a élaboré un projet qui a été présenté à des organismes publics et privés, à la recherche d’un financement. En attendant, quelques étudiantes et jeunes femmes de la Résidence Universitaire Del Mar, promue par des fidèles de la Prélature de l’Opus Dei, ont commencé à travailler au projet. Finalement, après quelques mois pendant lesquels les infra-structures tardaient à venir, la Communauté Européenne et l’ONG Manos Unidasont aidé au financement du Centre. En 1992, il disposait déjà d’un siège, ce qui rendait l’accueil des gens du quartier plus facile.
Les parents apprennent avec leurs enfants
À huit heures et demie du matin commence pour les cinquante enfants turbulents de CADI la « rude » journée de travail. Ils en sont les premiers bénéficiaires, dans la garderie pour petits de trois à cinq ans. La responsable, Rosario Roldan, affirme : « Nous voulons à la fois entourer les enfants d’une atmosphère affectueuse et gaie ; développer chez eux des qualités humaines, comme la générosité, la sincérité ou l’ordre, et leur inculquer les principes de la bonne éducation : rester propre, manger correctement à table, se laver les mains… » Pour Marisa Ortiz, « la garderie et le soutien scolaire sont les aspects les plus importants pour l’éducation de ma fille. Depuis qu’elle vient ici, Joana a beaucoup évolué dans ses habitudes et sa façon de se comporter ; non seulement elle apprend à lire, mais aussi à se laver les dents. Les maîtresses s’occupent de chaque enfant en particulier et nous en parlent régulièrement. » En effet, elles consacrent huit heures par jour aux enfants, qui déjeunent et goûtent aussi à la garderie. Nora Olaso, membre du conseil d’administration de CADI, raconte une anecdote qui reflète bien l’ambiance que l’on respire ici : « Un jour, dans mon bureau, une petite était en train de réciter une prière. Je lui ai dit qu’elle était très belle et lui ai demandé si c’était sa maman qui la lui avait apprise. À ma grande surprise, elle a dit : Non, non, c’est moi qui l’ai apprise à maman ! »
Les ateliers : créer des habitudes de travail
Le bruit s’empare du Centre les mardi et jeudi. C’est la scie d’Enrique, le professeur de menuiserie. Car à CADI, on s’occupe également des dames du quartier désirant apprendre un métier pour apporter une aide à l’économie familiale. « Suite à un sondage, nous avons constaté une fois de plus que, en élevant le niveau de la femme, c’était toute la famille qui en bénéficiait, car elle en est une pièce maîtresse. Nous voulons développer le goût du travail, ce qui n’est pas évident dans des circonstances d’une extrême précarité », affirme la directrice du Centre Gabriela Silva. CADI possède actuellement des ateliers de menuiserie et de couture, où jeunes et moins jeunes apprennent un métier et peuvent donner un sens nouveau à leur vie. Elles découvrent l’importance d’offrir un produit bien fini à un prix raisonnable, de soigner les plus petits détails d’ordre et de propreté, bref, la transcendance humaine et surnaturelle d’un travail réalisé consciencieusement.
Le logement aussi
L’action d’ACT est allée au-delà de CADI en oeuvrant pour que beaucoup de familles puissent avoir un logement digne. Après trois années de démarches auprès du gouvernement, le Ministère du Logement a offert, le 8 septembre 1995, les clefs de nouveaux logements à cent soixante seize familles. Ce fut un jour d’une grande joie. Les voisins, constitués en assemblée, décidèrent ce jour-là d’appeler leur quartier « Santa Maria ». Sofia Reyes, assistante sociale, dit que toute l’équipe tente de trouver des solutions positives aux problèmes posés, montrant aux habitants du quartier qu’ils ne sont pas seuls.
Un nouveau projet
Récemment, un nouveau projet a été mis à l’étude. Soutenu par une entité suédoise, il a une double finalité : construction et éducation. En voie d’achèvement, un nouvel atelier de menuiserie fabriquera une grande variété de meubles ; on a commencé également à élargir la cuisine. « Dans un premier temps, il s’agissait de réchauffer les biberons. Aujourd’hui, on sert des repas à soixante personnes, enfants et maîtresses », affirme Nora Olaso. Le projet comprend la création de potagers et de petits jardins à côté des lotissements du quartier Santa Maria, ainsi que la mise en route de cours de premiers soins, environnement et hygiène. « La remise des logements a été le point de départ ; à nous maintenant de veiller à l’amélioration de tous les aspects de la vie humaine », commente Dania Velleda, l’une des voisines du quartier.
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