CEV est né pour venir en aide aux enfants qui vivent dans les rues des quartiers Miragaia et Ribeira à Porto, privés de nourriture et d’assistance éducative et qui sont en proie à de sérieuses difficultés familiales
Elizabeth et Teresa avaient fait la connaissance de saint Josémaria Escriva lors d’un de ses séjours au Portugal. Elles savaient que le fondateur de l’Opus Dei encourageait toute initiative ayant pour but la formation de bons chrétiens et de personnes qui puissent améliorer leur situation sociale, toujours en accord avec la dignité humaine. Lorsqu’elles ont commencé à travailler à ce projet, elles avaient présents à l’esprit ces mots, qui les encourageaient « à aimer tous les hommes, à respecter leur liberté, à travailler [...] à supprimer l’incompréhension et l’intolérance parmi les hommes et à rendre la société plus juste » (Entretiens avec Monseigneur Escriva, n° 56)
Le Jardin de Cordoaria se trouve dans le centre historique de Porto, tout près de la Tour des Clercs, symbole de la ville. Au début des années 70 il était fréquent d’y rencontrer des centaines d’enfants qui passaient des heures dans la rue, indifférents au va-et-vient de la Faculté des Sciences, de l’Hôpital San Antonio et à la beauté des deux églises contiguës.
Ces enfants provenaient des quartiers voisins de Miragaia et Ribeira. La plupart vivaient presque seuls, sans famille. Certains jours, leurs parents les enfermaient chez eux ou les laissaient vagabonder dans les rues pendant qu’ils partaient au travail. Mais dans d’autres occasions, ils étaient carrément abandonnés par leurs parents et n’avaient pour famille que ceux qui les avaient accueillis chez eux comme s’il s’agissait de leurs propres enfants, ou bien encore un parent âgé qui prenait soin d’eux.
Élisabeth Richardson, une anglaise qui vivait à Gaia, sur l’autre rive du Duero, avec son mari et ses six enfants, étaient de ceux qui traversaient fréquemment le Jardin de Cordoaria. Elle se demandait : Qui se charge de ces enfants, qui ne vont pas encore à l’école ? Qui aide les autres à faire leurs devoirs, si leurs parents sont pour la plupart analphabètes ou n’ont pratiquement pas été à l’école eux-mêmes, et rentrent fatigués le soir ? Où peuvent-ils se re-trouver pendant l’hiver ? Et en été, peuvent-ils aller à la plage comme les autres enfants ? C’est ainsi qu’elle décida un jour de faire elle-même quelque chose pour eux ; et elle commença par ce qui était à sa portée : les emmener en promenade dans d’autres quartiers de la ville. Au bout de quelque temps, elle prit connaissance des situations dramatiques de ces enfants.
Elle se demanda alors : Y aura-t-il un jour des gens pour leur donner de leur temps et de leur argent, pour les rendre heureux et en faire des citoyens à part entière ? Elle pensa qu’il fallait prendre une initiative dont l’objectif serait d’occuper le temps libre des enfants et d’assurer la formation humaine et chrétienne des familles. Elle se rendit immédiatement compte qu’elle ne pouvait le faire seule, et entreprit de convaincre Teresa Resende Dias, une jeune Assistante à la Faculté des Sciences, de l’aider. Teresa allait devenir la cheville ouvrière du projet qui s’appellerait plus tard Criança e Vida (CEV). Quand elle mesura l’ampleur des besoins des enfants — alimentation, soutien scolaire, loisirs —, elle décida de faire de CEV son projet professionnel exclusif, et abandonna ainsi ses cours à l’Université.
Une petite salle, puis une maison.
On commence comme on peut ! « Ce qui naît grand est monstrueux et meurt » (saint Josémaria, Chemin, n° 821). Toutes deux souhaitaient se mettre au travail au plus tôt, même si leurs moyens étaient limités. Le Jardin de Cordoaria commença comme il put, dans un local prêté. C’est là que furent organisées les premières activités pour ceux que l’on se mit à appeler les Petits de Ribeira. Le projet ne cessa de prendre forme et acquit son autonomie : une première maison, située Rua do Rosario, vint prendre la suite du premier local. Le bail était précaire, mais ils disposaient d’un toit ! Des enfants d’autres quartiers de Porto commencèrent ainsi à venir, et c’est pourquoi elles décidèrent de changer le premier nom, à consonance géographique, et optèrent pour celui de Criança e Vida ou, pour les habitués, plus simplement CEV.
L’Association fut officiellement reconnue comme Institution privée de solidarité sociale et déclarée d’utilité publique. Grâce à l’aide de nombreux particuliers et de plusieurs organismes, elle put agrandir ses locaux et recevoir ainsi davantage de monde. De 1986 à 1992, CEV aménagea ainsi deux bâtiments, où elle se trouve encore, dans les rues do Breiner et Miguel Bombarda. Les agrandissements institutionnels ne mirent cependant pas en péril la dimension familiale. Bien au contrai-re, celle-ci fut renforcée, comme veut l’exprimer le logo de l’Association : une maison et le visage souriant d’un enfant.
Dès le début, outre l’éducation de base, comme les bonnes manières dans la salle à manger, les travaux domestiques, les travaux manuels destinés à améliorer la formation professionnelle ou les revenus familiaux, l’Association a toujours dispensé l’enseignement de la doctrine catholique. De nombreux enfants ont fait leur première Communion, préparés par des étudiants bien formés. Plu-sieurs couples se sont unis par le sacrement du mariage, aidés par les conseils des professeurs et des employées de CEV. Le secret de l’efficacité de CEV se situe dans l’accompagnement personnalisé de chaque enfant et de sa fa-mille. L’organisation matérielle, importante aussi, vient en deuxième lieu. La main à la pâte L’état des installations était tel qu’il fallait mettre la main à la pâte. Une partie de l’aide parvint du pays voisin.
Dès 1995, un groupe d’étudiantes madrilènes, en contact avec l’ONG « Coopération internationale » décida de consacrer ses vacances à poncer, à peindre et à frotter pour embellir les bâtiments. Un mois plus tard, la maison avait changé d’aspect. Ces futures architectes, pédagogues, psychologues, apportèrent également leur collaboration pour les vacances des enfants, en les emmenant à la plage et en leur apprenant des chansons, des jeux, et des pièces de théâtre.
S’inscrire avant la naissance
S’inscrire avant la naissance Les femmes portugaises qui travaillent toute la journée en-dehors de chez elles sont de plus en plus nombreuses. Paula Cristina, 31 ans, a commencé à aller à CEV à 8 ans. Elle s’y est préparée à la première Communion et y a suivi les cours de soutien scolaire, jusqu’à la fin de sa scolarité obligatoire. Après s’être mariée, quand elle attendait André-Philippe, elle s’est adressée à une éducatrice de ses amies, Carmen, pour lui demander conseil sur l’endroit où elle pourrait mettre son bébé lorsque son congé de maternité prendrait fin. Carmen travaillait à CEV, et c’est ainsi qu’après des années, Paula a repris contact avec l’association.
Quant sa mère a repris son travail, André est resté à CEV. Il a maintenant quatre ans, et il y est toujours. En par-tant le matin, il dit : « Je m’en vais moi aussi à mon travail, n’est-ce pas ? » Cristina apprécie surtout le lien affectif qui s’est établi entre CEV et elle. Elle sait qu’il s’agit d’une amitié solide et que, par exemple, si son fils tombait malade, on l’appellerait à son bureau, en la ménageant, afin qu’elle ne reçoive pas le choc sur le moment. A son avis, cette atmosphère dépasse de loin le manque d’espace, ou les problèmes d’installation qui pourraient être résolus dans un endroit plus approprié. Anne-Marie est technicienne de service social. Comme toutes celles qui travaillent dans les secteurs de l’éducation et de l’administration, elle exécute ses tâches avec un grand professionnalisme. Aussi, elle a clairement conscience que les situations requièrent parfois, outre l’engagement professionnel, toute la chaleur humaine dont on est capable.
De l’un des enfants, Anne-Marie a l’habitude de dire « qu’il a gagné à la lote-rie, et qu’il ne le sait pas ». Sa mère était tombée dans le monde de la drogue. Le bébé fut recueilli par une famille qui s’occupe du CEV pendant la journée. Un autre enfant, Jojo, est trisomique. Sa mère est sa seule famille. Elle ne peut s’en occuper que le soir, puisqu’elle travaille. L’enfant passe toute la journée au CEV, entouré de l’affection de tous. Lorsque les mères viennent chercher leurs enfants en fin d’après-midi, on s’occupe d’elles une par une. Quelques familles, qui étaient au bord de la rupture, se sont reconstituées, grâce à ces conversations nocturnes. D’autres ont retrouvé un emploi après avoir parlé de leur situation. Les parents bénéficient en outre de cours d’orientation familiale et, s’ils le désirent, ils reçoivent des conseils sur l’éducation de leurs enfants. Combien d’entre eux ont retrouvé la paix et la sérénité familiale, grâce aux choses très simples qu’ils ont apprises, comme par exemple la façon d’orienter leur conversation avec leurs enfants, pendant les quelques minutes qu’ils passent avec eux lorsqu’ils rentrent à la maison...
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