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Dualtech : une école avec une mission sociale

En 1982, les Philippines ont connu une croissance économique rapide, comme dans le reste du monde, le Moyen-Orient en particulier. De nombreux techniciens supérieurs philippins, devant la perspective de gagner des salaires élevés, n’ont pas hésité à quitter leur pays pour aller travailler à l’étranger. Cette situation dure jusqu’à ce jour. Au cours de la dernière décennie, bien que l’économie ait connu un nouveau « boom », le nombre de familles vivant dans la pauvreté a augmenté.

Pour résoudre ces deux problèmes (pénurie de techniciens supérieurs et montée de la pauvreté) un groupe d’hommes d’affaires de Manille s’est proposé de créer, dans le cadre d’un projet de développement social, le Centre de formation Dualtech, qui offre une formation professionnelle à des bacheliers, ouvriers et jeunes chômeurs issus de familles à faible revenu. Ils se sont inspirés de l’enseignement du bienheureux Josémaria Escriva, qui les a incités à se préoccuper de la situation de tant de personnes défavorisées de leur pays.

Ramon B. Santos, 73 ans, promoteur de Dualtech depuis les origines, s’est récemment mis en retraite de l’une des plus importantes entreprises du pays. Il est devenu président de Dualtech en 1999. Il est passionné par le défi de promouvoir Dualtech pour qu’elle puisse remplir sa mission sociale à l’aube du troisième millénaire.

Comment avez-vous connu Dualtech ?

En fait, j’ai commencé à m’y impliquer en 1982 alors que j’étais président d’une grosse entreprise manufacturière ici à Manille. J’assistais à un séminaire parrainé par le Centre de Recherche et de Communication, dirigé par quelques membres de l’Opus Dei, et un des professeurs nous a lancé le défi de prendre une initiative en faveur des plus pauvres. Après réflexion, nous avons décidé de monter cette école en partenariat avec une ONG allemande. C’est ainsi qu’en octobre de la même année, Dualtech a vu le jour. Mon entreprise a entamé une longue période de coopération avec l’école et je peux affirmer que notre direction n’a pas à se plaindre des résultats. Notre entreprise a envoyé plusieurs techniciens en formation à Dualtech et elle a accueilli de nombreux élèves en stage.

Vous avez pris votre retraite en 1998. Pourquoi avez-vous décidé de vous impliquer à Dualtech ?

Dès le départ, j’ai apprécié ce que j’y ai vu : enseignants dévoués, parents soucieux de l’éducation de leurs enfants, étudiants ayant le feu sacré dans leurs yeux. Un jour avant ma décision de me consacrer à Dualtech, j’ai rencontré un groupe d’étudiants. Ils avaient l’air pauvres, mal nourris, mais leur ambition était évidente. J’ai compris à ce moment-là que nous pouvions améliorer beaucoup l’avenir des ces jeunes et de leurs familles.

Et l’origine du nom Dualtech ?

C’est nous qui l’avons trouvé. Il s’inspire du système allemand d’apprentissage en alternance (système de formation duale) que nous avons adapté à notre environnement local. Un étudiant Dualtech passe une journée par semaine en formation théorique ici à l’école et le reste de la semaine à l’usine, où il bénéficie d’un apprentissage sous le regard d’un formateur ou d’un technicien expérimenté. Cette approche duale combine la théorie et la pratique et permet à un élève d’un lycée d’état de devenir technicien supérieur en deux ans.

Combien d’élèves sont sortis de Dualtech ?

Nous estimons que depuis 1982 pour l’ensemble de nos programmes de formation environ 20 000 techniciens, bacheliers, jeunes chômeurs ou ingénieurs sont passés entre nos mains. Près de 2 000 élèves ont suivi un cycle de 2 ou 3 ans et sont à ce jour en activité dans les usines. En ce moment, nous avons 1 200 élèves sur nos deux sites, à Canlubang et à Manille. Nous formons environ cent techniciens industriels par mois.

Comment expliquez-vous le taux si élevé d’insertion professionnelle ?

Nos professeurs sont très compétents et le ratio élève/équipement est très élevé. Mais ce qui distingue notre enseignement, ce sont des activités spécifiques qui donnent au futur technicien un bon niveau de droiture éthique, une bonne constance dans ses habitudes de travail et un niveau de culture générale supérieur à celui de la plupart de ses pairs. C’est ce qui explique que nombre de nos entreprises-partenaires embauchent nos élèves avant même qu’ils ne soient diplômés. Ils ont la compétence technique, et en plus une attitude positive à l’égard du travail. Je dirais qu’un diplômé de Dualtech est un bon exemple de ce que peut devenir un technicien philippin.

Vous avez un programme de formation humaine en plus de la formation technique ?

En effet. Chaque élève a à sa disposition un professeur ou un formateur qui joue le rôle de tuteur, de frère aîné, qui l’aide dans tous ses besoins : problèmes scolaires, familiaux, problèmes d’adaptation aux rythmes exigeants de l’usine ou à la vie sociale. On m’a confié à moi aussi certains élèves que j’accompagne de cette manière. Cela m’apporte beaucoup d’avoir à les aider à résoudre leurs petits problèmes : questions d’argent ou sentimentales, les soirées, les relations… tout ce que vous pouvez imaginer. J’aime bien parler avec les élèves. J’apprends beaucoup d’eux.

Les élèves ont aussi la possibilité de rencontrer un prêtre. Nous avons demandé à des aumôniers de l’Opus Dei de venir régulièrement à l’école. La plupart des élèves cherche à les voir même si ce n’est pas obligatoire. Pour beaucoup d’entre eux, c’est leur premier entretien individuel avec un prêtre.

Alors tous vos élèves sont de religion catholique ?

Non, pas du tout. Beaucoup d’élèves Dualtech sont non-catholiques et même non-chrétiens, mais chacun a la possibilité de bénéficier d’un monitorat personnel et de recevoir une formation chrétienne. Pendant leur séjour ici, chaque promotion peut assister à une retraite et à un séminaire. Ils apprennent ici l’importance de mener une vie conforme à l’éthique, de la citoyenneté, de l’exigence personnelle et aussi la valeur du travail accompli avec le plus haut degré de perfection humaine possible, dans le service de Dieu et des autres. Nous partageons pleinement les valeurs proposées par le bienheureux Josemaría Escrivá, fondateur de L’Opus Dei. C’est très émouvant de voir que nos élèves comprennent la valeur du travail et savent faire des projets pour l’avenir. Ils comprennent que l’avenir leur appartient s’ils savent travailler et vivre comme des êtres humains autonomes.

Les parents sont sans doute ravis de l’école… ?

Je dirais que oui. Régulièrement, nous invitons les parents à des activités organisées à l’école, des réunions avec les professeurs ou la direction, ou encore des conférences sur l’éducation. Il y a deux ans, à l’occasion d’une de ces réunions, les parents d’un élève ont compris que les bienfaits pour les élèves dépassent les attentes des parents. Ils ont décidé d’aider l’école à développer ses programmes. Ils ont organisé des activités pour d’autres parents et ils les ont encouragés à prendre une part plus active dans la collecte de fonds pour les élèves. Les parents ont formalisé une structure de soutien qui collecte des fonds de façon régulière afin d’aider l’école.

Tous vos élèves reçoivent-ils des bourses d’étude ?

Oui, tous. Nous demandons des frais de scolarité minima pour leur apprendre à valoriser correctement l’enseignement. Mais dans l’ensemble ils ne peuvent même pas payer ce montant symbolique. D’autant qu’il y a la crise économique. Le père est au chômage, la mère malade ou un des parents est décédé. Dans une famille philippine très unie, les problèmes de l’un deviennent le problème de tous.

Comment cette école parvient-elle donc à survivre ?

Avec difficulté ! Nous survivons grâce à l’aide de nos amis industriels. En premier lieu, des entreprises qui bénéficient du système d’apprentissage acceptent de couvrir une part plus grande des coûts de formation. Nous essayons d’obtenir le reste par le biais de fondations, de dons de particuliers et d’entreprises qui croient à notre action et qui sont prêtes à nous soutenir. Puisque nos charges sont chaque année plus élevées, les besoins d’aide augmentent en proportion. Chercher des gens qui peuvent nous aider est un défi toujours actuel.

Concernant la formation technique proprement dite, quels enseignements proposez-vous ?

Nous avons deux filières en alternance : une première de deux ans en électromécanique et un deuxième de trois ans en « ingénierie de précision ». Un technicien diplômé en électromécanique sait réparer, faire fonctionner et entretenir des appareils d’air conditionné, des voitures, des ordinateurs, des systèmes de télécommunication et ainsi de suite. Il sait concevoir et fabriquer des moteurs électriques, des pompes et des systèmes de commande et de transmission. La seconde filière forme des techniciens supérieurs en ingénierie de précision. Dans l’industrie de l’outillage et du moulage, le niveau de rémunération est assez élevé ; nos techniciens savent faire les moules pour toutes les industries manufacturières. À part Dualtech, il n’y a qu’une ou deux autres écoles dans l’ensemble du pays qui propose des formations de ce type. La demande pour ce genre de diplômé est donc très forte.

Avez-vous l’intention d’ouvrir d’autres écoles Dualtech ?

Nous prêtons main forte à une initiative similaire à Lagos, au Nigeria. Un de nos professeurs travaille déjà là-bas comme consultant. Il nous envoie régulièrement des rapports par courrier électronique et nous demande des conseils sur l’organisation de l’école. Ils ont commencé en mars dernier et ils ont 50 élèves techniciens supérieurs.

Vous savez, je pense que ces gars ont de la chance d’avoir trouvé Dualtech, mais je pense que Dualtech a encore plus de chance. Nous continuons notre existence parce que nous réussissons à trouver des gars comme eux qui ont besoin de nous et que nous pouvons aider et qui sont désireux d’apprendre notre message de l’amour du travail et du travail bien fait.

Pour aller plus loin

Voir en ligne : Dualtech Center

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