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Ouvrir un chemin

Xaloc se trouve à l’Hospitalet de Llobregat, à côté de Barcelone. L’école a commencé ses activités en 1964, à une époque de grande immigration, et donc d’importants besoins éducatifs. Ceux qui sont à l’origine de la création de Xaloc étaient convaincus que, dans un tel contexte, il n’y avait pas de meilleure promotion sociale pour ces familles que de fournir à leurs enfants une éducation de qualité. Trente ans plus tard, les fruits sont là.

Xaloc, entrée de l'écoleC’est déjà le deuxième dimanche du mois de mai, et des centaines de personnes affluent autour des différents bâtiments, jardins, terrains sportifs et zones de récréation du collège Xaloc, dans le Gornal, un quartier périphérique de l’Hospitalet de Llobregat. Au cours d’une matinée de printemps ensoleillée, on célèbre le Festival de Mai, un événement très attendu par les quelques 1.000 familles qui composent le paysage bariolé de ce centre éducatif, et qui viennent pour passer quelques heures à visiter les installations du collège et regarder avec fierté les travaux que les élèves ont préparés tout au long de l’année scolaire. Elles en profitent éventuellement pour accompagner d’autres familles intéressées par Xaloc, et pour commenter avec les professeurs et les précepteurs du centre les événements en relation avec l’éducation de leurs enfants.

Le panorama mérite d’être contemplé avec attention : des personnes aux origines les plus diverses avancent en petits groupes d’un bâtiment à l’autre, elles applaudissent leurs enfants en train de participer à une compétition sportive sur les terrains de sport, elles s’arrêtent à l’ombre des platanes majestueux pour se reposer un peu ou pour parler avec l’un des professeurs… La messe a eu lieu sur l’un des terrains de basket : le nouvel oratoire, consacré à notre Dame, Reine de la Famille, avec une capacité de presque 500 places, commence à s’élever à coté de la route principale du collège. 1964 : cinquante élèves, et aucune chaise.

Activités extra scolairesBien que la création de ce centre soit une idée qui avait commencé à mûrir en 1952, tout a démarré au début des années 60, lorsque quelques jeunes — certains encore étudiants, d’autre récemment incorporés au monde du travail — qui venaient se former chrétiennement dans un centre de l’Opus Dei à Barcelone ont décidé de concrétiser et de mettre en route le projet.

Le 5 octobre 1964, les premiers cours ont commencé dans le bâtiment qui accueille aujourd’hui les élèves de première, bien qu’à l’époque l’édifice n’eût pas encore de portes ni de fenêtres, ni même de tables ou de chaises. Il y avait 50 élèves pour cette première année scolaire. Maintenant, les quelques 1.500 enfants qui viennent tous les matins en cours à Xalox se répartissent dans les 9 bâtiments qui occupent une superficie de plus de 13.000 m2 ; deux autres sont en construction, et deux autres en projet. Les après-midi et le week-end, 900 autres élèves se réunissent dans ces mêmes salles : ce sont des personnes qui travaillent déjà, et qui viennent à Xaloc pour recevoir une formation complémentaire dans leurs différentes spécialités. Le centre a conçu pour eux des cours sur mesure dans des domaines aussi divers que la gestion ou la direction d’entreprises, l’informatique des systèmes ou de gestion, l’électronique, la robotique ou la mécanique.

Formation flexible et très pratique

Manuel Rosillo dirige l’enseignement professionnel qui est donné dans le centre : « les élèves doivent apprendre à mettre en pratique et à rendre utile les connaissances théoriques qu’ils ont dans les différentes matières. Dans les ateliers d’électronique et de mécanique, dans les salles d’informatique, les laboratoires de physique, de chimie et de biologie, dans les salles d’arts plastiques, nous enseignons aux élèves à optimiser leurs propres capacités et à utiliser les techniques de travail les plus adéquates dans chaque cas ». Le travail réalisé dans ces installations spécialisées est conçu pour que les travaux pratiques des élèves soient conformes aux nécessités concrètes qu’ils vont rencontrer lorsqu’ils intégreront le monde du travail. Dès les premières années, les liens entre Xaloc et les entreprises ont été très étroits. Dans ces mêmes salles, on donne constamment des cours de formation spécifiques pour travailleurs, en dehors des heures de scolarité.

Jaume Arnau nous précise un peu plus quelles sont les grandes lignes qui soutiennent le travail éducatif de Xaloc : « Je pense que la clé du succès scolaire consiste à placer chaque élève à l’endroit où il peut produire le plus, selon l’orientation de ses capacités, et ce le plus tôt possible. Parce que l’objectif n’est pas d’entrer à l’Université à tout prix : il s’agit bien plus d’estimer au plus juste les qualités individuelles de chacun, dès le début, pour les orienter dans leur parcours scolaire, pour assurer une incorporation idoine dans la future vie professionnelle et sociale. Pour cela, le système éducatif continuel, large, flexible et personnalisé appliqué par Xaloc garantit de bons résultats ».

Le but est beaucoup plus vaste que la profession : c’est la vie

Et pourquoi cette insistance à vouloir personnaliser l’éducation ? Juan Antonio Romero, l’un des directeurs de l’institution, nous répond : « l’enseignement fourni par un centre d’éducation ne peut se limiter à l’obtention d’un diplôme professionnel ni à la préparation universitaire. Il s’agit de deux aspects très importants, mais l’éducation, au-delà des connaissances et des habilités techniques, doit s’insérer directement dans la formation de la personnalité de chaque élève, et harmoniser toutes ses facettes ».

Par la fenêtre de son petit bureau, nous voyons passer un groupe d’élèves de première qui se dirigent vers la cantine, accompagnés par leur professeur. « Il ne s’agit pas — insiste-t-il — de classer des individus pour des activités déterminées, comme on programmerait des machines, mais de former des personnes, dans tous les aspects de leur condition humaine, des citoyens responsables et libres, capable de faire faire des progrès singuliers et efficaces à la société ». Martin Curiel, directeur du nouveau baccalauréat et professeur de philosophie, ajoute avec conviction : « le but est beaucoup plus vaste que la profession : c’est la vie. Pour cela,tous et chacun des élèves ont la même importance pour Xaloc ». Xaloc profite d’un contrat financier avec les autorités catalanes depuis 1977, et avant, depuis ses débuts en 1964, le centre était subventionné par l’État au titre de la contribution sociale. Ces aides de l’État, avec la création de la Fondation Xaloc et l’extension du programme de bourses, ont contribué à rendre le coût de l’enseignement accessible à tout type de situation économique familiale. « Par exemple — nous raconte Xavier Marti, directeur des études de l’institution — il n’existe aucune différence significative entre le coût des premières années de l’enseignement primaire et celui des dernières années duBac ou des cycles de Formation ».

Trente ans pour construire un entourage plus humain

XalocLes dernières zones de pauvreté ou de bidonvilles qui subsistaient autour du collège ont été définitivement éradiquées : Can Tunis Vell, en face de Xaloc, a été entièrement démoli, après que la Mairie ait transféré ses habitants dans des nouveaux bâtiments de l’aide sociale. Le nouveau centre industriel de Barcelone, immense, imposant, s’élève également devant l’école, et des entreprises modernes, dans tous les domaines, commencent à s’implanter tout autour : quelques ouvriers et cadres viennent le soir ou le week-end pour assister aux cours proposés par Xaloc. À côté de l’oratoire, on construit également des nouveaux ateliers et des salles spéciales pour ce genre de cours. Au nord du Polygone Gornal, où il y a quelques mois, les derniers édifices en ruines résistaient encore, on construit de nouveaux immeubles qui fourniront un foyer digne à de nombreuses familles de la zone, ainsi qu’un nouveau visage au quartier, plus accueillant, plus aimable.

Il est presque trois heures de l’après-midi, en ce dimanche de printemps, et les derniers participants se quittent, tout en se dirigeant vers la sortie par l’avenue principale de Xaloc. Les parents reviendront se voir à la prochaine réunion, dans quelques semaines, ou dans le cours de formation professionnel auquel quelques-uns d’entre eux participent peut-être, ou bien à l’occasion des premières communions ou des confirmations de leurs enfants. Les élèves se retrouveront demain matin dans cette même salle. Le prochain Festival de Mai, celui de l’année 2000, portera le numéro 36 : le fruit mûr de toutes ces années d’effort et de don de soi de tant et tant de personnes.

Texte : Pau Giralt Photos : Archives de Xaloc Article publié avec le numéro de juillet 2000 de « Documentación »

Pour aller plus loin

Voir en ligne : Xaloc

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