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l’Institut de développement rural Valle Grande

Valle Grande« Dès le premier jour, nous nous sommes proposés de gagner la confiance des gens », dit David Baumann, un ingénieur qui travaille à Valle Grande. « Aujourd’hui — explique-t-il — après 40 ans de travail ininterrompu, nous constatons tous les jours que nous avons gagné cette bataille. La clé se trouve dans une assistance technique désintéressée, réalisée avec mentalité professionnelle, en cherchant à tout moment à résoudre les problèmes concrets de chaque agriculteur. »

Un service informel

L’institut Rural Valle Grande est un centre d’enseignement, de recherche, de développement et d’initiative agricole orienté vers la promotion technique et humaine de petits agriculteurs. Chaque année plus de 200 producteurs profitent de l’enseignement qu’il délivre. Les cours intensifs sur la culture des fruits, l’élevage des bovins, l’horticulture, la viticulture, l’apiculture, etc. ont lieu au siège de Valle Grande ; ils comprennent le logement et la nourriture des les participants qui viennent des régions éloignées. Les producteurs directement intéressés, que ce soit parce qu’ils travaillent déjà dans ces activités ou parce qu’ils veulent s’y lancer, peuvent assister à des programmes qui traitent des produits laitiers, de l’élevage des cochons d’Inde et des cochons de lait, de la culture du coton, du pommier ou des fruits régionaux, de l’élevage des crevettes de Malaisie, etc.

L’Institut Rural a son siège principal dans la ville de Saint-Vincent de Cañete, et une petite annexe dans le village de Llapay, à 150 km de Cañete. Le relais agricole de Llapay se trouve à 2 800 m d’altitude. De là les ingénieurs et les techniciens de Valle Grande peuvent réaliser leur tache d’enseignement et d’assistance technique, jusqu’à la « puna », situé à 4 800 m d’altitude. Le but de Valle Grande est de trouver des solutions aux difficultés qui limitent la production. On a trouvé de nouvelles variétés et des nouvelles cultures. On est parvenu à ce que les petits producteurs s’organisent, alors qu’ils étaient plutôt réticents, par suite d’expériences précédentes négatives. Mais ils se sont rendus compte qu’en se regroupant ils pouvaient commercialiser leur produits avantageusement. Le service d’insémination artificielle, par exemple, a permis à deux mille petits éleveurs de bovins de la vallée d’améliorer la qualité génétique de leur bétail.

Assistance constante

Valle Grande signe chaque année de l’ordre de 400 contrats d’assistance technique sous forme de visites hebdomadaires ou bimensuelles. Ces contrats couvrent des activités d’enseignement groupé dans les domaines de la production, le crédit, la commercialisation et l’administration de l’entreprise. Parfois, plusieurs contrats sont signés avec une même famille, selon les cultures. Dans d’autres cas, jusqu’à 40 familles sont réunies pour signer un seul contrat. Le financement des services provient à 70% des bénéficiaires eux-mêmes, et le reste de dons internationaux ou d’autres sources. Les frais d’investissement pour des locaux et les infrastructures sont à part, de même que les frais extraordinaires, qui doivent être couverts intégralement par des dons nationaux et internationaux.

L’Institut Rural Valle Grande est patronné par la PROSIP, l’association pour la Promotion d’Œuvres Sociales et d’Instruction Populaire, organisme national non gouvernemental. L’activité de l’Institut s’adresse, sur la côte, aux 8 600 agriculteurs des vallées de Cañete et de Mala. Dans la Sierra de Yautos, la zone au nord est celle qui en bénéficie le plus : à partir du relais agricole de Llapay, on s’occupe de 11 communes rurales, ce qui représente environ 1 500 familles. Valle Grande compte sur 18 professionnels, 12 techniciens et 11 travailleurs à temps complet ; ainsi que 5 professionnels, 18 techniciens et 40 collaborateurs à temps partiel. La formation doctrinale et spirituelle proposée par Valle Grande est à la charge de la prélature de l’Opus Dei.

Le fondateur de l’Opus Dei a visité Valle Grande en juillet 1974 Comme dans d’autres centres de développement humain promus par des fidèles de la prélature de l’Opus Dei, ici le professionnalisme est largement redevable à un aspect caractéristique de l’esprit de l’Opus Dei : l’idéal de la sanctification du travail.

Lorsque le bienheureux Josémaria Escriva est venu à Cañete, le 13 juillet 1974, il a voulu rencontrer les paysans de la région à Valle Grande. Certains, poussés par le désir d’être un moment avec lui, ont marché de nuit depuis leur village pendant huit heures. À cette occasion que le fondateur de l’Opus Dei a précisé que la promotion humaine recherchée à Valle Grande « n’est pas seulement une promotion professionnelle, matérielle : c’est également une promotion spirituelle »

Il a expliqué comment réaliser cette amélioration : « Beaucoup d’entre vous, qui m’écoutez, sont pères et mères de famille. Il y a également des jeunes. Ne vous contentez pas des choses matérielles... Vous voulez, certainement, mener une vie chrétienne, vous approcher chaque jour plus de Jésus-Christ, comme je le veux moi aussi. Savez-vous comment nous nous en approchons ? En utilisant les moyens qu’il a prévus : la connaissance de sa doctrine et la réception de ses sacrements. (...) Qu’allons-nous donc faire, vous et moi ? Nous fréquenterons les saints sacrements, qui sont les moyens institués par le Seigneur pour que nous nous maintenions dans cette vie chrétienne, pour qu’il ne s’agisse pas uniquement de progresser économiquement, mais aussi spirituellement et intellectuellement. »

L’époque du terrorisme

Tous les samedis matins, l’ingénieur en chef de Llapay quittait son bureau pour aller à Cañete, pour coordonner les activités de la semaine. Un jour il décida de partir le vendredi soir. À l’aube du lendemain, un groupe terroriste frappa à la porte du relais agricole de Llapay. Ils voulaient l’auto de l’ingénieur. Ne l’ayant pas trouvée, les terroristes se sont « limités » à faire sauter, à la dynamite, un local public du village, ils ont essayé de détruire le pont sur le Laraos, la rivière qui coule à cet endroit, et ils ont placé un bâton de dynamite dans la coopérative agricole. Le technicien qui était resté à Llapay a violemment protesté. Le chef du groupe terroriste lui a répondu : « Il y a eu erreur. Vous pouvez continuer à travailler. » « L’erreur » est restée sans explication, mais ce qui est sûr, c’est que les techniciens de Valle Grande ont continué à travailler tant sur la côte que dans la sierra, mais en prenant, toutes les mesures de précaution possibles.

Techniciens pour les villages

Valle Grande développe un programme pour techniciens dans les villages de la sierra, programme qui s’est étoffé une fois dépassée l’étape du terrorisme. Ce programme forme un technicien éleveur pour chacun des 57 villages de Yauyos. Le technicien a été au préalable sélectionné parmi un groupe de trois personnes, proposées par l’assemblée du village, en fonction d’un profil fourni par l’Institut. Parfois on en sélectionne deux, lorsque les besoins du village l’exigent. Ces techniciens se préparent grâce au système de l’alternance : quinze jours au siège de l’Institut et quinze jours dans les fermes du village.

Laureano Portas, technicien de Saint-Pierre de Cacra, est rentré très motivé pour rendre à sa terre natale tout ce qu’il avait appris à l’Institut. Il s’est rendu compte que le troupeau souffrait d’une épidémie mortelle. Ses connaissances lui ont permis de sauver 14 vaches lors de sa première intervention en tant que technicien. Le prix payé par le village pour ses études était l’équivalent d’une brebis. Normalement, le village paie en nature : une brebis, une chèvre, etc. Et Valle Grande parvient, grâce à la coopération technique internationale, à compléter le financement par des apports d’organismes non gouvernementaux ou publics, telles que les Fondations Kellog ou Zabalketa, les agences de coopération technique des gouvernements espagnols ou japonais, celles de l’Union européenne...

Les grands-pères, les pères et les frères aînés sont habitués à avoir recours avec confiance au technicien qui a étudié à Valle Grande, pour qu’il résolve leurs problèmes quotidiens. « Avec mon expérience et les nouvelles méthodes de mon fils, mon troupeau s’est amélioré », dit Monsieur F. Angulo, père de Toño, un élève de l’École.

Crédit Solidaire

Au cours du message de paix qu’il a prononcé en janvier 1998, le Pape Jean Paul II a pris comme exemple pour concrétiser la solidarité chrétienne le fait de proposer aux petits producteurs des crédits, auxquels d’ordinaire ils n’ont pas accès. Cette suggestion papale a causé d’une grande joie à Valle Grande, car lorsque ce message a été publié, cela faisait déjà sept ans que l’Institut Rural avait obtenu que le système financier commercial octroie des prêts aux petits agriculteurs, grâce à un système de « crédit solidaire » conçu par Valle Grande. Le nombre de « groupes solidaires » s’élève à ce jour à 24, chaque groupe réunissant entre 7 et 41 producteurs. Ils se choisissent entre eux, parmi ceux qui jouissent d’une totale confiance. Le système fonctionne bien, et il a permis d’apporter une solution à l’un des problèmes les plus cruciaux du travail des champs.

Tout cela a eu une importance toute spéciale, en 1997-98, lorsque le phénomène « El Niño » a modifié l’équilibre écologique, et a fait craindre de perdre plusieurs récoltes, à cause des modifications des températures.

En plus de cela, une école agricole

Valle Grande, école agricoleValle Grande a demandé et a obtenu l’autorisation officielle pour ouvrir en 1992 une École agricole, qui suit la méthode française « d’enseignement par alternance » et qui a été reconnue comme institut technologique supérieur par le ministère de l’Éducation. Sans perdre la caractéristique d’une formation professionnelle informelle que propose par l’Institut, l’École agricole offre également la possibilité d’une éducation formelle, dans laquelle l’alternance permet de maintenir l’étudiant aux champs la moitié du temps de sa formation, ce qui lui permet non seulement de ne pas perdre le contact avec la terre, mais également de prendre conscience qu’elle est une partie intégrante de sa formation, où il apprend et expérimente de nouvelles connaissances.

Le but de l’École agricole est de former des jeunes originaires du monde rural pour que, comme l’affirme Baumann, « ils développent une mentalité d’entreprise, qu’ils deviennent propriétaire de leur instrument de travail, et qu’ils soient des acteurs commerciaux capables d’affronter les défis de l’agriculture moderne, avec esprit d’initiative et de créativité ».

En plus, les élèves reçoivent une formation spirituelle qui les aide à vivre en chrétiens ; une formation technologique, qui se traduit par une meilleure productivité, et une formation à la gestion, pour s’adapter aux critères modernes de l’administration et de l’entreprise.

Pendant les périodes où ils sont à la ferme, dans les vallées de Cañete, Mala, Asia, Chincha, Pisco et Ica, les élèves reçoivent la visite d’un professeur de l’École, qui suit avec eux la bonne marche des études et les objectifs de formation, dans lesquels la famille joue un rôle essentiel. La majorité des élèves sortis de l’École travaillent leur propre terre, certains alternent entre leur terre et celle des autres, enfin quelques-uns travaillent au service d’agriculteurs ou d’entreprises de service.

Texte : Federico Prieto Celi

Photos : Juan Jose Corahua.

L’article complet a été publié avec le numéro d’avril 2000 de Documentación.

Traduction du Bureau d’Information de l’Opus Dei en France, © mai 2000

Portfolio

Pour aller plus loin

Voir en ligne : Institut Valle Grande

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